La valse des étiquettes

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Que ce soit sur les forums ou chez les luthiers, d'heureux héritiers arrivent régulièrement avec un Stradivarius, un Guarnerius ou un Stainer, pour en savoir plus sur ce violon de maître, et surtout pour avoir une estimation de sa valeur. Les plus fiers repartent vexés en apprenant qu'il s'agit d'un violon d'atelier, les méfiants sont persuadés d'être victime d'une tentative d’entourloupe, et les plus sages se félicitent d'avoir un violon, pas un Stradivarius, mais un violon pas forcément si mauvais.

Car si il y a bien un élément qui ne veut rien dire quand il est question d'authentifier un violon, c'est l'étiquette. Concernant le vin, les amateurs de grands crus en ont fait les frais il y a quelques années avec des bouteilles étiquetées outrageusement. Les amateurs de lutherie sont à priori plus avertis puisque cette pratique est très répandue dès le XIXème siècle.

Alors pourquoi autant d'étiquettes trompeuses dans nos violons ?

La plupart du temps ces violons provenaient d'ateliers de Mirecourt ou de l'Est de l'Allemagne, et faisaient parti d'une gamme d'instruments de qualités diverses, réalisés selon différents modèles. Ils étaient vendus comme "Modèle  Stradivarius" sans prétendre être réellement sortis des mains du célèbre luthier. D'ailleurs, certaines étiquettes ont l'honnêteté d'indiquer "d'après" (en petit) "Stradivarius" (en gros). D'autres étiquettes, pour les violons sortant des ateliers de Mirecourt, mentionnent des luthiers qui n'ont jamais existé, ou bien le nom d'un luthier qui a été vendu par sa veuve comme une marque. A ce sujet, voir l'excellent travail de Roland Terrier qui a dépouillé de nombreux catalogues de luthiers français pour dresser une liste des marques de fabriques plus ou moins fantaisistes qui ont été utilisées.

D'autres étiquettes ont évidement été placées dans le but de tromper l'acheteur. Pratique aussi ancienne que l'avidité, et qui perdure encore aujourd'hui puisqu'on trouve facilement sur des sites de vente en ligne des "collections" de fausses étiquettes anciennes "pour la décoration et l'affichage". Libre à chacun, ensuite, des les coller où il veut... D'ailleurs, comme il devient difficile de faire croire à un violon de maître italien, les petits malins se sont rabattus sur des noms d'ateliers de Mirecourt moins côtés. Ils collent des étiquettes d'ateliers ou de luthiers de réputation moindre afin de rendre l'arnaque plus crédible.

Etiquette de violon, modèle d'après Guarnerius
Etiquette "Guarnerius"

Etiquette de violon E. Langonet, luthier à Nantes
Etiquette "Atelier E. Langonet - Luthier - Nantes - L'an 1921"

J'ai restauré à l'atelier un violon qui portait deux étiquettes : "Guarnerius", en référence au célèbre luthier italien, et "Atelier E. Langonet", un luthier établi à Nantes au début du XXème siècle. Mais la facture du violon indique clairement une origine allemande. L'histoire de cet instrument est probablement la suivante : fabriqué dans un atelier allemand selon un modèle de Guarnerius, il a été acheté par l'atelier E. Langonet, monté et réglé puis revendu sous cette étiquette, d'ailleurs très probablement sans tromperie puisque signé "Atelier" et non pas simplement du nom seul du luthier, qui produisait par ailleurs des violons de qualité.

Alors si les étiquettes de violons n'ont pas de valeur pour qui veut une authentification, elles restent néamoins un témoin étonnant de la lutherie d'atelier et du parcours de certains violons.

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